Le parcours de l'exposition


Larissa Sansour

 

 En vidéo et en photos, Larissa Sansour, une artiste née à Jérusalem (Palestine), vivant aujourd’hui à Londres, a méticuleusement créé son univers aseptisé, pur et impeccable, aux antipodes de la réalité palestinienne d’aujourd’hui et celle de demain. Réalisant des œuvres inspirées du cinéma de genre, de séries télévisées ou encore de bandes dessinées, l'artiste n'hésite pas à puiser dans la culture populaire. Westerns spaghetti, films de science-fiction ou d'horreur sont hybridés avec des aspects politiques et sociaux de la réalité, liés à la situation palestinienne. Portant un regard sur une géopolitique chargée de conflits, de tensions et de drames, elle utilise les ressorts de la fiction pour démonter les clichés et les stéréotypes ethniques et sociaux. Travaillant la vidéo mais aussi l'installation, la photographie ou encore le livre, elle crée des œuvres empreintes d'humour et dotées d’une dimension critique, ancrées dans le monde contemporain.

 

 

Nation Estate, 2014

 Nation Estate est un court-métrage de science-fiction de 9 minutes témoignant avec humour de l'impasse politique au Moyen-Orient. Cette dystopie clinique dépeint une société imaginaire organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur en pouvant conduire à une contre-utopie. Avec un mélange d'images réelles ou générées par ordinateur et d’arabesques électroniques, Nation Estate explore la possibilité d'un état palestinien vertical. Dans le film de Larissa Sansour, le peuple Palestinien organise un état érigé en un gratte-ciel unique : The Nation Estate. Construction colossale et gigantesque, l'ensemble de la population palestinienne peut dès lors « mener la grande vie ».

 

Chaque ville a son propre étage : Jérusalem occupe le 13ème étage, Ramallah le 14ème étage, Bethléem, ville natale de l’artiste, est au 21ème et ainsi de suite. Les déplacements interurbains actuellement entachés par des checkpoints s’effectuent dorénavant par ascenseurs. Afin d’exalter un sentiment d'appartenance, le hall d'entrée de chaque étage présente les reconstitutions des places et monuments emblématiques de chacune des villes.

Le film suit le personnage principal, joué par Larissa Sansour elle-même. Vêtue d’un costume « folklorique futuriste », Larissa rentre chez elle après un voyage à l'étranger. On la suit ainsi à travers le hall de cet édifice monstrueux financé et soutenu par la communauté internationale. Après avoir passé les contrôles de sécurité, elle prend l'ascenseur pour l’étage de Bethléem et traverse Manger Square et passe devant l'église de la Nativité. Arrivée à son appartement elle y prépare un plat de taboulé « science fictionnel ».

 

 

 

 

 


Khaled Jarrar 

 

 

Né en Palestine, Kaled Jarrar étudie l’architecture d’intérieur à l’Université polytechnique de Palestine. Il fait également des études de photographie et rejoint, en 2007, au Checkpoint Howarra et Qalandia, une galerie en plein air, où ses œuvres et celles d’autres artistes sont exposées, à la vue des soldats israéliens. Dans le cadre du 9ème Festival international du film de Dubaï 2012, il reçoit deux prix pour son film « Infiltrators» : meilleur documentaire pour le Prix international de la Critique des films arabes attribué par la Fédération internationale des critiques de films et le Prix spécial du Jury. Si, dans son œuvre, le souci politique est affirmé, chaque pièce ravive la pratique d’un art critique qui tourne en dérision toute forme de domination. Les moyens employés sont souvent de l’ordre du sensible. Ses œuvres sont un terrain de prédilection pour penser, analyser et articuler son propos. Jarrar décline cette thématique de l’isolement d’un pays dans toute son œuvre avec des propositions qui attestent de sa foi dans des images capables de montrer des formes de l’oppression.

 

 

Whole in the Wall, 2013

 En entrant dans l’espace dédié à l’exposition, le public est immédiatement confronté à un obstacle de taille : un gigantesque mur qui bloque le passage et stoppe tout mouvement. En longeant ce mur, tel un travelling, le spectateur plongera progressivement dans l’imaginaire de cet artiste. Plusieurs installations vidéo mettent en scène différentes situations banales du quotidien, mais qui dans ce contexte, prennent une toute autre dimension. Dans la première installation, on aperçoit Khaled cassant le mur à l’aide d’un marteau, dans la seconde on le voit jouant à un match de ping-pong en faisant passer la balle de part et d’autre de ce dernier, la troisième vidéo est une séquence émouvante entre une mère et sa fille se caressant les mains sans pouvoir se voir ou s’enlacer. C’est donc avec l’utilisation d’objets très symboliques tels que le ballon de foot, la balle de ping-pong ou encore le freesbie qu’il choisit de mettre en mouvement un espace rigide et privé de toute mobilité. Ces trois éléments souvent utilisés dans un moment de partage et de jeu libre symbolisent ici l’emprisonnement dont souffre le peuple palestinien au quotidien ; un match de ping-pong des plus banals, est perçu dans ce contexte comme un fort acte de résistance.


 Bashir Makhoul 

 

 

Né en Palestine en 1963, Bashir Makouhl s’est depuis établi en Angleterre il y a une vingtaine d’années. Son travail a été exposé dans de nombreuses institutions ainsi qu’à l’international : à la Tate Liverpool, au Harris Museum à Preston, à l’Arnolfini Gallery de Bristol, à l’Ikon Gallery de Birmingham, à la Liverpool Biennial, au Herzilya Museum d’Israël, au Jordan National Museum, à la NCA Gallery de Lahore, à la Florence Biennial, à l’Haus am Lutzowplatz de Berlin, à l’UTS Gallery de Sydney, à l’Elsa Wimmer Gallery de New York, au Changshu Art Museum, au Suzhou Art Museum et au Shenzhen Art Museum de Chine.

 

 

 

Occupied Otherwise, 2014

Présentée à la 55e Biennale de Venise de 2013, « Otherwise Occupied », comme son nom le suggère, traite de la situation géopolitique de la Palestine, pays au cœur de conflits depuis des générations. Établi depuis longtemps dans la scène internationale, Bashir Makhoul décrit son travail comme une résistance subversive. Pour cette installation, il subvertit le thème de l’occupation au sens large et questionne l’influence de la déterritorialisation sur le développement de l’identité. Les spectateurs sont invités à « occuper l’espace » par le biais de boîtes en carton laissés à leur disposition. Libres à eux de les déplacer, de les empiler, de les éparpiller en remodelant et questionnant le territoire, son occupation et l’éphémère des constructions humaines. Il s’agit pour les spectateurs d’inonder l’espace de ces boîtes et de le transformer progressivement en un bidonville fait de maisons de formes aléatoires et irrégulières.


 Shadi AlZaqzouq - Underground Evolution, 2016

 

L’art subversif pour interpeller sur des questions sociétales et politiques. C’est ainsi que l’on peut qualifier l’œuvre de l’artiste palestinien Shadi Al Zaqzouq. Les créations de Shadi mettent en avant un questionnement sur l’identité et les libertés individuelles. Il a réalisé de nombreuses expositions individuelles et collectives en France et à l’international. Pendant l’été 2015, il a été invité par l’artiste Banksy à participer à son projet artistique Dismaland en Angleterre. Il nous présentera son oeuvre « Underground Evolution » composé d’une gigantesque peinture et d’une installation.

 

« Vivant en exil, en tant qu'immigré, depuis près de dix ans, je n’ai jamais pu retourner rendre visite à ma famille à Gaza, malgré le fait que j’ai maintenant la citoyenneté française. En outre, je ne suis jamais allé de l'autre côté de ma patrie, surtout dans ma ville d'origine, Jaffa. J’ai passé ma vie à rêver d’un retour à Jaffa, au moins pour une journée, mais cela m’est interdit... Un jour, j’ai vu une taupe dans les bois. Je me suis inspiré de sa manière de creuser des tunnels pour passer d'un lieu à un autre sans se soucier de visas et de frontières. Je me demandais si profondément sa technique était une évolution ou une Dé-volution. C’est sans aucun doute une adaptation... Ainsi, l'idée m’est venue que les Palestiniens prendront n’importe quelle forme pour s’adapter et résister à une telle occupation raciste, de manière pacifique ou provocante, cette dernière de mon point de vue étant plus puissante, plus humoristique et ayant le plus d’influence sur les gens ordinaires. Si la soi-disant «évolution» ne cesse de séparer les êtres humains les uns des autres, alors nous finirons tous par nous transformer en... »